History

Le mal de l’air : une réalité

Les mouvements réels ou apparents de l’avion durant les différentes phases de son vol, ainsi que les turbulences qu’il est susceptible de rencontrer, peuvent susciter chez certains passagers un phénomène fort désagréable : le mal de l’air. Il s’agit, pour parler comme les médecins, d’une crise neurovégétative provoquée par des perceptions sensorielles conflictuelles, qui se traduit essentiellement par des troubles du système digestif et de l’équilibre. Le mal de l’air était très fréquent jadis, quand les aéronefs volaient à des altitudes relativement bases, où les turbulences sont les plus fréquentes. Aujourd’hui, les gros appareils sont pressurisés, ce qui leur permet d’évoluer beaucoup plus haut et d’échapper par la même à la plupart des perturbations atmosphériques. Voila pourquoi le mal de l’air est devenu rare sur les gros-porteurs, alors qu’il se rencontre encore à bord des petits avions régionaux.

Les femmes, les personnes âgées et les voyageurs occasionnels sont prédisposés au mal de l’air. D’autre part, l’anxiété est un facteur aggravant. Certains sujets sont pris de malaise à la simple vue de l’avion dans lequel ils vont devoir prendre place, alors même que cet appareil est encore immobile sur la piste… Les plus phobiques sont même totalement incapables de monter à bord, ce qui peut constituer un handicap sérieux pour leur vie personnelle et professionnelle. Les premiers symptômes du mal de l’air sont un état de malaise général, qui se traduit souvent par une extrême pâleur, une forte transpiration, une salivation anormale et une tendance à la somnolence. Peu après apparaissent des vertiges, très fréquemment accompagnés ou suivis par une irrésistible envie de vomir.

Les personnels commerciaux des transporteurs sont formés à repérer au plus vite les victimes du mal de l’air. Ils peuvent aussi leur venir en aide avant qu’il ne soit trop tard et leur indiquer les précautions qui permettront d’atténuer leurs troubles.  Pour le cas où le malaise subsiste, les compagnies mettent à la disposition des voyageurs indisposés des sacs pour rejets gastriques, qui sont normalement placés dans la poche du dossier de chaque siège.

Source : Avions de ligne, n°28, Editions Orbis, 2001, p. 437

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Premiers vols

Une brochure CIDNA de 1926. Sur Farman F 60 Goliath:

Le mal de l’air provient de deux causes : l’altitude et les mouvements de l’avion. Par temps calme et à altitude moyenne, l’avion reste immobile sur sa trajectoire et l’on est moins secoué que dans le sleeping-car le plus moelleux ; il est alors vraiment impossible d’être incommodé. Lorsque le vol se poursuit à haute altitude, au dessus de 2000 m. par exemple, le voyageur peut éprouver le mal des montagnes, incommodité passagère et sans gravité. Enfin, cas le moins fréquent, lorsque le vol n’est pas régulier, ou que l’avion vole au-dessous de 1000 m., et plus particulièrement au-dessus de forêts, d’étendues d’eau ou de terrains accidentés, il rencontre des remous dus à des courants d’air de densité différente qui lui impriment des secousses, le faisant monter ou descendre, pencher à droite ou à gauche, tantôt avec une grande douceur, tantôt, si par hasard le temps est mauvais, avec une grande rudesse. Il n’y a pas lieu de s’effrayer. Le pilote lutte aisément contre ces remous, et d’ailleurs l’appareil, même au milieu d’une atmosphère agitée, tend toujours à reprendre une position correcte.
Si ces mouvements vous inquiètent et vous ressentez les premières atteintes d’un malaise analogue au mal de mer, ouvrez un hublot ou une fenêtre de la cabine et respirez l’air vif du dehors : c’est encore le meilleur remède à conseiller.

Une brochure des Lignes Farman de 1929:

Quelques passagères ont le mal de l’air : ne vous en effrayez pas car ce mal est bénin et intermittent et à l’inverse du mal de mer ; vous pouvez d’ailleurs facilement l’éviter en utilisant le Motherstill’s. Nos avions sont chauffés, néanmoins emportez un bon manteau. Les fourrures, lunettes, gants spéciaux sont inutiles.

Une brochure Air Union de 1930:

Le confort – une préoccupation importante pour qui voyage pour le plaisir- est un autre évolution majeure de l’avion commercial moderne. Place individuelle, porte-bagages, espace pour les coudes et fenêtre, absence de vibration, accroche-bagage efficace- tout ceci pour faire de voler un plaisir plutôt qu’une épreuve fatigante. Deux avantages du transport aérien  ont séduit de nombreux voyageurs : la rareté du mal de l’air -75% des personnes atteintes du mal de mer ne ressente aucun effet en avion- et la fin de la contrainte des transferts du bateau au train et vice versa.

Voici une anecdote reportée par Kenneth Hudson dans Air Travel a social history (Bath, Adams & Dart, 1972 : 40-41).

Le 18 septembre 1931, un médecin anglais, voyageant de Croydon au Bourget décrit son expérience avec force détails. Après enregistrement au bureau d’Air Union au 52 Haymarket, où il donna son passeport et fut pesé, le Docteur Stein et les autres passagers prirent le bus de l’aéroport…
Les conditions en vol étaient mauvaises.

Nous étions régulièrement chahuté ; nous avions l’impression d’être dans un grand racer à Wembley ou comme un bateau au milieu d’une mer agitée. L’homme à ma gauche boit un Whisky Schweppes et mastique quelque chose…

Une jeune française sur un siège voisin n’est pas d’humeur à manger, ni à boire. Le steward vient la voir et la débarrasse d’un sac en papier marron, et lui en donne un autre. Pourquoi le tient-elle sous son nez ? Ah, je vois il est écrit : Air Union. Pour le mal de l’air

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